De plus en plus de jeunes sont jetés à la rue à cause de ruptures familiales. Et trouvent refuge au centre d’hébergement d’urgence Hilaire-Cordier à Saint-Quentin.
ls ont entre 18 et 23 ans, chacun avec une histoire qui lui est propre. Mais tous ont un point commun : à 18 ans, ils ont été mis à la porte du domicile familial par leur père, leur mère, ou les deux. Et ils sont de plus en plus nombreux à solliciter une aide d’hébergement d’urgence.
Aurélien a 22 ans, et il «
n’est pas un saint
», comme il le reconnaît. Mais il vit sa quatrième année sans domicile fixe. C’est à l’issu d’une énième dispute avec son père qu’il a été mis dehors. Une décision qu’il aurait de toute façon anticipée. «
Il m’éduquait à sa façon. Dès que je faisais une connerie, j’en prenais une. C’est pas en prenant des coups dans la gueule qu’on prend conscience. C’est comme un chien battu, à force de recevoir des coups, il se rebiffe. Moi, j’en ai eu marre.
»
« J’ai vécu deux mois dehors. Pour me laver, je devais aller au canal. Pour me nourrir, je volais. J’en suis pas fier. »
Le jeune homme va à la gare, regarde passer les trains, monte dans une rame, et se rend à Amiens, «
pensant qu’il y avait des solutions d’hébergement dans une grande ville
». Il va déchanter. «
J’ai vécu deux mois dehors. Pour me laver, je devais aller au canal. Pour me nourrir, je volais. J’en suis pas fier, poursuit-il. «
Personne ne pouvait me loger car dans ma famille c’est chacun sa merde, alors que moi, j’avais l’esprit famille.
» À Amiens, il tournait de maison en maison. Mais se sentait de trop partout où il était. «
Je suis revenu sur Saint-Quentin, j’ai trouvé une copine, mais c’était plus pour me sauver la vie.
» Là aussi, ça ne durera pas. Hilaire-Cordier, il connaît bien pour y avoir déjà séjourné. Mais une fois encore, il ne compte pas s’y éterniser. «
Quand on atterrit ici, si on n’a pas la volonté de partir, on est bousillé
», lâche-t-il avec un soupir.
Alexandre a également été mis à la rue, mais pour une autre raison. «
Mes parents prenaient tout mon argent pour que je les aide. Mais à partir du moment où je ne travaillais plus, mon père m’a mis dehors
», raconte-t-il sans pudeur. La stabilité, il l’a un peu vécue avec sa copine, avant qu’ils ne rompent. La descente aux enfers s’est poursuivie. «
J’allais dormir dans les banques et je faisais les poubelles pour manger. » Après avoir bourlingué dans le Pas-de-Calais et le Nord, il débarque à Hirson où il sera pris en charge par le 115 qui l’a amené à Saint-Quentin il y a un mois. À 23 ans, il n’a plus aucune relation avec son père et n’envisage plus l’avenir. «
La vie, elle est faite pour m’emmerder
», lâche-t-il sobrement.
Les filles pas épargnées
Sophie allait fêter sa majorité, quand quatre jours auparavant «
ma mère me demande de prendre mes affaires et m’a mise à la porte parce que j’avais fait une bêtise sur Internet.
» La jeune fille appelle sa sœur au secours qui l’héberge à Bordeaux. Mais trois mois plus tard, elle est contrainte de revenir dans l’Aisne. «
Ma sœur est revenue sur Saint-Quentin début octobre, mais n’a pas voulu me reprendre. Je me suis retrouvée sans solution. » Sophie va vivre une semaine dans la rue, «
je me cachais dans un petit abri du côté de l’église Saint-Jean. Pour manger, je faisais la manche. Pour me laver, une amie me laisser me doucher, mais au bout d’une semaine, j’ai dit stop, ce n’est pas une vie à rester dehors. J’ai failli faire une dépression, mais je n’ai pas craqué.
»
C’est une éducatrice qui va l’orienter vers le 115 puis vers le centre Hilaire-Cordier. Un lieu qu’elle espère quitter en début d’année prochaine. «
Il y a des gens bizarres ici, mais on ne m’embête pas. Il y a même des pensionnaires plus âgés qui m’aident pour partir le plus vite possible. Même eux ne comprennent pas qu’une jeune fille de 18 ans soit à Hilaire-Cordier.
»
Ce qu’ils demandent désormais, c’est que la vie, qui ne les a pas épargnés en coups durs, leur donne maintenant un petit coup de pouce.
*Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat.
« À 18 ans, mes parents m’ont dit : tu dégages »http://www.aisnenouvelle.fr/55893/article/2017-12-03/18-ans-mes-parents-mont-dit-tu-degages